__ C'était ce genre de matin brumeux, encore légèrement endormit par les excès de la veille. Les pieds traînants, les cheveux en bataille, les lèvres figées dans un rictus propre au dimanche. Dimanche d'après fête. Dimanche d'orgie dans son cas. Quelques souvenirs confus. Un mal de crâne à vous décoller les cheveux. Elle était stupide cette expression. Le genre de phrase que tu répètes souvent dans une sphère bien particulière et qui provoque des regards moqueurs si t'oses la formuler dans un autre environnement. Ça, c'était son environnement. Appart' crade, qui pue la clope et la sueur, des bouteilles de bières partout sur les meubles laissant des auréoles humides qui auraient fait gémir d'horreur sa mère. Une bonne femme sa mère, un peu maniaque sur les bords, une grande gueule aussi, mais dévouée, oh oui ça, dévouée à sa famille ; son mari, ses gosses... Cette chère progéniture, si tu la voyais maman, t'en pleurerais de rage, maudissant un dieu que tu pries plus depuis longtemps.
__ Y'a les écoliers du quartiers qui piaillent dans la rue pour vendre des billets de tombolas. Exploitation d'enfants par l'éduction nationale, ça va vous coûter cher ! ! ! Souvenirs d'avant. Avant la Vie. Avant les fêtes, du jeudi, vendredi, samedi soir. Avant les cinq euros journalier dépensé chez le buraliste. Avant les pâtes cuissons instantanées, l'époque des petits plats bien mitonnés. Avant les gueules de bois. Avant quoi...
Ses doigts glissent sur sa cicatrice, ça a quelque chose d'apaisant, c'est celle que lui a laissé l' vieux. S'en souviendra toujours de ce jour là. Onze ans. Ils fumaient des cigarettes dans la petite cours avec Momo, dissimulés sous les grandes fenêtres de la cuisine, collés aux murs, ils avaient l'impression d'être invisibles et c'était plus cela qui leur plaisait, combattre l'interdit au nez et à la barbe des adultes. Mais l'vieux avait débarqué, ah ça, ils l'avaient entendu arrivé avec ses grognements et sa cannes qui frappait le sol. Sa canne, il en avait jamais eus besoin l'vieux de ce truc là, c'était un objet d'attaque, une arme redoutable. Ils étaient restés tout deux paralysés de terreur à l'entente de ce bruit annonciateur. Puis Momo c'était reprit, l'était courageux Momo, c'était le fils du voisin, il avait peur de rien, à part du vieux, mais ce jour là il avait réagit promptement, avait tiré l'autre de sa transe de terreur et ils s'étaient mit à courir comme s'ils avaient le diable aux trousses, c'était pas loin, c'était l'vieux, qui piaillait de sa voix démoniaque qu'ils étaient des garnement, et qu'ils allaient voir de quel bois il se chauffait. Ce qui était stupide comme parole, vu que le quartier avait déjà le chauffage à gaz, y'avait aucunement besoin de bois, mais dire : vous allez voir de quel gaz j'me chauffe petits garnements j'vais vous arracher les oreilles... ça n'aurait pas été forcément très logique, ça avait moins d'gueule, quoi. Par quel miracle l'vieux les avait rattrapés ? Aucuns ne l'a jamais sut. Momo s'était prit une baffe bien sûr, l'en avait la joue toute rouge le bougre, mais lui ç'en était tiré sans les coups de cannes dans les flancs, sans les tirages d'oreilles intensifs, et sans cette saloperie de cicatrice... c'est ça la famille.
Son esprit vaqua quelques instants au fil de ses doigts, puis ceux-ci se firent un devoir d'allumer une cigarette.
Une fois la dose de nicotine nécessaire à un commencement de journée digne de ce nom était ingurgitée par le corps, le cerveau, les poumons, le sang... c'était le rituel quotidien, répétitif et très occidental de la douche. La quantité de tabac n'eut pas le temps d'être ingérée que déjà le téléphone se mit à sonner. Stridente. Pourquoi appeler sur le téléphone ? Les portables c'est pour les chiens ?
-- Apparemment, non. Le portable c'est pour les gens qu'on a envi d'entendre.
__ C'était le pater. Avec sa voix désagréable de connard en chef. Inspection mensuelle pour voir si l'argent familiale pour la location de l'appart', et les crédits sur dix ans, pour les études étaient parfaitement justifié.
- Claude ?
Grognement.
- Claude ?
Comme on dit jamais deux sans trois.
- Oh, Claude, t'es là ?
- Quoi ?
__ Voilà, c'était à peu près tout, s'en suivait les habituels « ça va ? » ; « Ouais » ; « tu sais ta mère... » parlait jamais de lui, et pour finir les « ah », « ok », « très bien », « à plus ». Voilà, ça se résumait à peu près à ça l'argent familiale, et le crédit sur dix ans à un « à plus p'pa». Traduction « va te faire foutre abruti » ou encore « je vous ai bien tous entubés ». C'était agressif et hargneux sans la moindre politesse dissimulée derrière une quelconque intonation, c'était le cri confus d'une jeunesse, cette jeunesse un peu perdue, qui dort, qui boit, qui fume, qui baise et qui recommence dans tout les sens possibles des thermes.
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![[J'aurais voulu peindre ton visage, mais je n'en connais pas les couleurs]](http://af.img.v4.skyrock.net/af8/petite-claire/pics/769680316_small.jpg)
